Charlotte Hinds Melrose 1875-1953

Présidente de la FCFDU de 1937 à 1940

“Je vous souhaite... une bonne santé, une vision très large et un intérêt durable pour poursuivre notre but, aider les autres diplômées peu importe où elles sont.”

 

Fille de Charlotte Smith et de l’ingénieur Edward Hinds, Charlotte naît à Acton Vale, au Québec, le 1er août 1875 (Sweeny). On sait peu de choses à propos de son enfance et de sa vie familiale, mais en 1897, à 22 ans, elle obtient un baccalauréat de l’Université McGill. Elle enseigne quelques années au Québec, puis elle épouse J. W. Melrose. En 1906, un an après que l’Alberta et la Saskatchewan soient devenues les huitième et neuvième provinces du Canada, Charlotte et son mari déménagent à Regina. Ils s’établissent peu après à Edmonton et y demeurent.

Jeune mariée, Charlotte ne s’intéresse pas qu’à son intérieur et obtient un second baccalauréat de l’Université de la Saskatchewan en 1907, puis un troisième de l’Université de l’Alberta en 1908, selon son éloge funèbre (Turville). Interrogée à ce sujet, Trudie McLaren, archiviste à l’Université de l’Alberta, se demande, même s’il n’existe aucune preuve dans les dossiers de l’université, si un arrangement n’aurait pas permis d’être admis sur la base d’un autre diplôme (Irwin, 5 mai 2015). La loi qui établit l’Université de l’Alberta en 1906 invite en effet « les diplômés de toute université des dominions de Sa Majesté » à s’inscrire pour la première remise des diplômes afin d’élire le premier chancelier et les membres du sénat de l’université. La loi énumère les diplômes et les facultés admissibles et stipule que les candidats doivent débourser deux dollars et résider dans la province depuis au moins trois mois pour voter. Le premier chancelier est nommé en 1908. Prise en 1948, une photo de 37 membres de la première collation des grades officielle de l’Université de l’Alberta, tenue en 1912, montre Charlotte Melrose parmi les huit femmes présentes. Les premiers cours donnés à la nouvelle université débutant en septembre 1908, il semble probable que Charlotte ait profité de cette ouverture et utilisé ses diplômes antérieurs pour figurer parmi les premiers diplômés.

Dès l’ouverture de la nouvelle université, on perçoit la nécessité de mettre sur pied un club qui encouragera les étudiantes et les aidera financièrement. Le 30 novembre 1909, quelques femmes se réunissent et adoptent une résolution visant la création d’un tel club. En deux mois, elles forgent une organisation totalement fonctionnelle, dotée d’un exécutif, d’une constitution et d’une série d’objectifs (Buckley). Avec son intérêt pour l’éducation et ses antécédents universitaires, Charlotte Melrose est peut-être l’une des 40 membres du nouveau club qui deviendra l’UWC d’Edmonton, puis un membre fondateur de la FCFDU. Seuls les noms des membres de l’exécutif figurant dans les dossiers, un doute subsiste.

On sait que Charlotte prend part à un certain moment aux enjeux concernant les femmes puisqu’elle devient, en 1929, la première présidente de l’UWC d’Edmonton, poste qu’elle conserve jusqu’en 1931. En 1930, les 131 membres du club se préoccupent grandement d’enjeux moraux. L’histoire du club, As It Happened – The First 60 Years, relate que dans les années 1920 et 1930, la vertu et le vice étaient clairement définis et que « nous étions résolument dans le camp de la vertu » (Buckley). Éducation, bourses, création de bibliothèques et constitution de leurs fonds figurent parmi les autres intérêts du club. Le club lance une invitation à la FCFDU, qui sera acceptée, afin de tenir sa triennale de 1934 à Edmonton, où des chambres sont offertes dans la résidence des femmes au coût d’un dollar la nuit.

Charlotte Melrose, la septième présidente de la FCFDU, est élue lors de la triennale de 1937, à Toronto, « à une période de sa vie parfois considérée comme étant postérieure à l’âge de la retraite » (Turville, p. 7). Deux autres membres de l’UWC d’Edmonton l’accompagnent à l’exécutif national : Mabel Patrick, à titre de secrétaire, et Mary Butterworth, en tant que rédactrice du Chronicle. Le total des frais s’élève à 1,50 dollar par membre de la FCFDU, desquels 31 cents sont versés à la FIFDU.

Sous la présidence de Charlotte, l’exécutif national, qui compte 26 femmes issues de 13 clubs, se rencontre annuellement, à Saskatoon en 1938 et à Montréal en 1939. Pendant sa seconde année à titre de présidente nationale, des comités sont formés pour examiner le statut juridique et économique des femmes et les échanges d’enseignants. Le Comité sur l’éducation de la FCFDU prévoit terminer pour 1940 son rapport sur les femmes et les postes administratifs en éducation au Canada (Chronicle, 1938, p. 22). Ce rapport est « proposé pour poursuivre et parachever l’excellent travail effectué par le Comité sur l’éducation de 1935-1937 » (Chronicle, 1938, p. 22). Les membres de la FCFDU du Québec font savoir qu’elles continueront de se battre pour obtenir le droit de vote aux élections provinciales. La Fédération compte 2 251 membres.

Le 13 septembre 1939, l’exécutif de la FCFDU donne suite à un point du procès-verbal du sous-comité exécutif quant à la possibilité d’embaucher une secrétaire nationale permanente, qui travaillerait à partir de chez elle, pour la somme annuelle de 400 dollars, plus 100 dollars pour les équipements. Avec des surplus de 761 dollars dans le fonds général de la FCFDU et de 190 dollars dans le fonds des bourses, une résolution est adoptée pour procéder à l’embauche d’une secrétaire qui commencera après la prochaine triennale et dont le travail sera divisé entre les deux groupes et les coûts assumés proportionnellement par les deux fonds. Il est inscrit que « cette action initiée maintenant pourrait maintenir la Fédération pendant une période difficile » (Chronicle). Lors de cette même réunion, il est décidé de publier le procès-verbal de l’exécutif dans le Chronicle. Des comités sont aussi formés pour gérer les résolutions et les facilités.

En 1937, quand Charlotte est élue et que la menace d’une autre guerre plane, la FCFDU commence à songer à offrir de l’aide aux Européennes en exil. La période de la présidence de Charlotte (1937-1940) correspond à une période difficile sur la scène mondiale. Le 12 mars 1938, l’Allemagne annonce l’Anschluss (union) avec l’Autriche; la Fédération autrichienne des femmes diplômées des universités cesse d’exister trois jours plus tard. À la réunion du conseil de la FIFDU, à Paris en 1937, l’ancienne présidente Margaret McWilliams rapporte : « Il y a actuellement dans la FIFDU 35 pays auxquels l’Italie et l’Allemagne interdiront aux femmes de partager notre travail » (McWilliams, p. 53). Charlotte et 24 autres déléguées canadiennes assistent au congrès de la FIFDU à Stockholm en 1939 et vivent l’expérience angoissante de rentrer au pays après la déclaration de la guerre. La FIFDU et les fédérations nationales de pays où les femmes peuvent encore avoir accès à l’université et au travail intellectuel sont vivement intéressées à aider les diplômées des pays négativement touchés par la guerre. Lors de la triennale de la FCFDU de 1937, des fonds sont réservés pour venir en aide aux diplômées déplacées. La FIFDU s’inquiète particulièrement pour sa présidente, S. Adamowicz, Ph. D., qui vit à Varsovie, dans la Pologne occupée par l’Allemagne, et est autorisée à poursuivre son travail uniquement sous supervision allemande. En 1942, sa maison est détruite et elle signalée comme ayant « vraiment besoin d’aide à Varsovie et en état de désespoir » (Coates et Berton, p. 51).

Son mandat de présidente nationale terminée, Charlotte Melrose continue de s’impliquer activement auprès de la FCFDU. Elle est déléguée à la rencontre nationale de 1944 et assiste à la triennale de la FIFDU à Toronto en 1947. Mais qu’en est-il de sa vie personnelle, de son caractère et de son influence? Née à la fin du XIXe siècle, elle connaît l’exaltation d’un nouveau siècle, l’expansion du Canada, les horreurs des deux guerres mondiales et les privations de la Grande Crise des années 1930. Elle se marie et a trois enfants. Pendant la Première Guerre mondiale, Charlotte commence à enseigner dans une école d’Edmonton où elle termine le contrat d’un enseignant mobilisé. Elle continue d’enseigner dans diverses écoles secondaires de la ville jusqu’à sa retraite en 1934. Devenue veuve dans les années 1920, à 45 ans, elle a sans doute fort besoin de son salaire d’enseignante pour soutenir sa famille.

Charlotte a eu le privilège d’acquérir une formation universitaire à une époque où plusieurs ne savent pas lire. Ses activités et ses actions démontrent qu’elle apprécie l’éducation qu’elle a reçue et désire avoir une influence positive sur la société en général. Son intérêt premier va à l’Église d’Angleterre et « elle consacre beaucoup de temps à ses activités » (Turville), en plus d’être membre du conseil paroissial de l’Église de la Sainte-Trinité. En 1915, elle devient la première présidente de la division des dames auxiliaires de la cathédrale de Tous-les-Saints, poste qu’elle conserve jusqu’en 1919. Elle a un intérêt particulier pour la Société biblique et, en 1920, elle devient membre de son conseil d’administration auxiliaire du Nord de l’Alberta. Elle deviendra vice-présidente de cette organisation, puis gouverneure de la Société biblique canadienne. Membres d’auxiliaires d’hôpitaux, de la société historique de la British and Foreign Bible Society, de l’Association des anciens de McGill, du YWCA, du Club des enseignantes, du Club soroptimist et impliquée dans la FCFDU, aux niveaux local et national, Charlotte est une femme travaillante et dévouée dont l’influence est difficile à mesurer. Une membre du club d’Edmonton se souvient d’elle comme d’une femme plutôt autoritaire, d’une grande force de caractère, influente et déterminée (Irwin, 14 novembre 2015).

Charlotte s’éteint en 1953, à l’âge de 73 ans. Dorothy Turville, Ph. D., écrit dans son éloge funèbre : « dans toutes ses relations, elle se distingue par son intégrité sans compromis et toutes ses décisions sont guidées par la justice et la droiture. Ces principes élevés lui ont valu l’admiration, la loyauté et l’affection profonde de nombreux amis » (p. 7).

Charlotte Hinds Melrose 1875-1953

Ouvrages cités

Alberta University Act. 1906. Web. 1 May 2015.

Buckley, Marjorie W., ed. As it Happened -- The First 60 Years. Edmonton: Spartan Press, 1973. Print.

CFUW Executive Council. “Minutes, September 13, 1939.” Chronicle. 1939: 2-3.

Irwin, Thomasine. Message to Grace Hollett. 5 May 2015. E-mail.

---. Message to Grace Hollett. 14 Nov. 2015. E-mail.

McWilliams, Margaret. “Growing Up The Paris Council Meeting 1937.” Chronicle. 1937: 53-56.

Neatby, Hilda. “Report of the Education Committee.” Chronicle 1938: 22-24.

Sweeny, James (Diocesan Registrar and Archivist). Message to Grace Hollett. 23 April, 2016. E-mail.

Turville, Dorothy. “Memorial Tribute.” The Chronicle 1953-1954: 7. Print.

Ouvrages consultés

CFUW, comp. “History of the Canadian Federation of University Women. 1937-1940. Mrs. W. J. Melrose, President.” Chronicle. 1949-1950: 69-70. Print.

Coates, Claire and Janet Berton, eds. “Dr. Margaret S. McWilliams. CFUW President 1919-23.” Sixty Years of CFUW/Soixante Ans de FCFDU Calendar/Calendrier/1980. Canadian Federation of University Women, 1979. Print.

Edmonton Journal. City of Edmonton Archives

Henderson’s Directory. City of Edmonton Archives

Marshall, Heather, ed. By Degrees, The First 90 Years of the Canadian Federation of University Women Edmonton. Edmonton: The Canadian Federation of University Women, 2002. Print.

Melrose, Charlotte E. “Foreword.” Chronicle (1938): 10-13. Print

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