Dr. Margaret Stovel McWilliams 1875-1952

Présidente de la FCFDU de 1919 à 1923

« L’éducation, à toutes ses étapes, est le premier sujet d’intérêt de la nouvelle Fédération »

 

La première présidente de la Fédération canadienne des femmes diplômées des universités (FCFDU), Margaret (Stovel) McWilliams était une femme admirable. En 1952, Ursilla Macdonnell, Ph.D., la décrivit comme une femme qui « s’est jetée dans le tourbillon pour développer la vie publique à Winnipeg et, en réalité, dans l’ensemble du Canada, en usant de ses pouvoirs magiques [dont un] sens de l’humour contagieux et une intelligence vive » (hommage). Née à Toronto en 1875, Margaret devint, en 1898, la première femme à graduer de l’Université de Toronto en économie politique (Kinnear, p. 3). Elle travailla pendant cinq ans comme journaliste, d’abord à Minneapolis puis à Détroit, avant d’épouser un jeune avocat, Roland F. McWilliams, en 1903 et de déménager à Peterborough, en Ontario. En 1910, ils emménagèrent à Winnipeg où Margaret s’impliqua très activement dans les enjeux sociaux concernant les femmes. Elle se joignit au Club des femmes de l’Université de Winnipeg et en fut la présidente de 1913 à 1915. Les femmes ayant fait des études universitaires formaient des clubs de femmes depuis le début des années 1900 au Canada.

Margaret croyait fermement que les « femmes universitaires… occupent une position stratégique » (Kinnear, p. 5) et une place privilégiée dans la société canadienne en tant que membres de l’infime minorité de femmes admises, avec une certaine circonspection, dans quelques universités canadiennes dans les années 1890. « Dans les premières décennies du 20e siècle au Canada, les femmes étaient définies non pas tant par une aptitude réduite en matière de travail, de détermination ou de pensée, mais selon des coutumes patriarcales et l’autorité masculine », nous rappelle Strong-Boag (p. 2). Après son mariage, une femme comme Margaret se serait vraisemblablement abstenue d’occuper un emploi rémunéré à l’extérieur du foyer. En tant que femme universitaire et épouse d’un avocat, on s’attendait sans doute aussi à ce qu’elle joue un rôle social important comme bénévole au sein de sa communauté.

Certains gestes avaient été posés avant la Première Guerre mondiale en faveur d’une association nationale de clubs de femmes universitaires, mais sans succès. Venue de Grande-Bretagne pour prononcer des conférences à l’Université de Toronto, Winifred Cullis, Ph.D., suggéra, en 1919, que le moment était propice pour que les clubs canadiens de femmes universitaires fondent une organisation nationale de femmes universitaires. Elle fit valoir que les associations britannique et américaine examinaient la possibilité de former une Fédération internationale des femmes diplômées des universités, et qu’elle souhaitait que le Canada compte parmi ses membres fondateurs. Lorsque Margaret McWilliams, du club de Winnipeg, Mme J. A. Cooper, présidente du club de Toronto, May H. Skinner, qui représentait le Canada auprès du comité des affaires internationales de l’association américaine, et Laila Scott, de l’Université de Toronto, se rencontrèrent à Toronto en mars 1919 (Coates, p. 9), elles convinrent à l’unanimité de créer une fédération canadienne et entreprirent de contacter tous les clubs et de rédiger une constitution (il y avait à l’époque dix clubs, incluant quatre associations d’anciennes) (The Chronicle, 1920).

La réunion d’organisation eut lieu à Winnipeg en août 1919, en présence de déléguées de six clubs : Edmonton, Ottawa, Regina, Toronto, Victoria et Winnipeg ainsi que de l’Association des anciennes de McGill (Kinnear, p. 14 et McWilliams, p. 62). Margaret fut élue présidente nationale. Le procès-verbal du 26 août 1919 révèle qu’en plus du rôle de leader qu’elle joua dans la résolution de difficultés et la rédaction de la constitution, parce qu’elle « avait gradué à l’Est et résidait dans l’Ouest, [Margaret McWilliams] était précisément la présidente qu’il fallait à notre nouvelle Fédération » (Kinnear, p. 75). À cette époque, les incidences de la Première Guerre mondiale se faisaient sentir sur la vie des femmes de toutes les classes et de partout au Canada. Kinnear souligne que « [Margaret] souhaitait inciter les diplômées universitaires privilégiées à devenir des leaders dans leur communauté, au niveaux local et national » (Kinnear, p. 5) ainsi que « des pèlerins de la paix à l’étranger et des pèlerins de la compréhension au pays » (Kinnear, p. 159). Margaret précisa son sens du devoir dans un discours qu’elle prononça en 1923 : « La chance de poursuivre des études universitaires implique une obligation, celle d’offrir un retour de service. La démocratie canadienne est profondément engagée envers l’éducation, et cette grande expérience des valeurs humaines demande… le soutien intelligent de ceux qui ont profité de ses avantages » (Kinnear, « Social Gospel », p. 3). Ces sentiments sont au cœur de la FCFDU depuis ses tous débuts.

L’éducation, en particulier l’éducation des femmes, fut proclamée l’intérêt premier de la nouvelle organisation. Deux résolutions importantes furent adoptées lors de cette conférence de fondation : une résolution visant à établir une bourse annuelle de 1 000 dollars pour poursuivre des études supérieures à l’étranger, et une résolution encourageant les membres à soumettre leur candidature en vue d’occuper des postes dans des organes directeurs d’universités, de collèges et de conseils scolaires. Il fut également décidé que les membres de la Fédération se réuniraient aux trois ans et tiendraient « une réunion du conseil dans les années intermédiaires » (McWilliams, p. 63). Il est intéressant de remarquer que la FCFDU fut créée trois ans seulement après que le premier ministre Robert Borden eut refusé d’accepter la nomination d’Emily Murphy au Sénat canadien au motif qu’elle n’était pas « une personne » en vertu de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867. Les organisations féminines de partout au Canada étaient indignées. Ce n’est pas anodin si, sous le leadership de McWilliams, une question fit l’objet de débats enflammés lors de cette première rencontre de la FCFDU, à savoir si les femmes devraient être encouragées à appuyer l’adhésion au Sénat canadien ou devraient être encouragées à participer à toutes les étapes de la vie politique. Après de longues discussions, les participantes convinrent de soutenir le principe d’admettre les femmes au Sénat. Le lien international fut aussi un important principe fondateur de la FCFDU.

Lors de la première réunion triennale, tenue à Toronto en août 1920, on annonça que la délégation de la FCFDU avait été accueillie à Londres comme l’un des membres fondateurs de la FIFDU et que Margaret McWilliams en avait été élue vice-présidente, poste qu’elle occupa jusqu’en 1923. À cette première réunion triennale de la FCFDU, 12 clubs étaient représentés et la FCFDU comptait alors 1 123 membres. Deux rapports importants, accompagnés de recommandations quant aux actions à mener, furent présentés aux déléguées présentes : un rapport sur les conditions éducatives au Canada, et un rapport sur les possibilités d’emploi des diplômées universitaires au Canada. La visite de Marie Curie au Canada en 1921 fut un autre fait marquant de la présidence de Margaret. La Fédération canadienne contribua largement aux efforts consentis à l’échelle internationale afin de réunir des fonds pour procurer à Marie Curie le radium dont avait besoin pour ses recherches. Au terme de son mandat de présidente en 1923, la FCFDU comptait 16 clubs et 1 300 membres. Depuis sa fondation en 1919, elle avait octroyé trois bourses d’études : à Isabel Jones, de Toronto, pour mener des recherches à la Sorbonne sur les débuts de l’histoire du Canada, à Dixie Pelluet, d’Edmonton, pour qu’elle étudie la botanique à l’Université de Londres, et à Margaret Cameron, McGill et Radcliffe, qui partait poursuivre ses recherches en littérature comparée à Paris.

Au terme de son mandat à titre de présidente, Margaret présida le Comité des relations internationales de la FCFDU et poursuivit son association tant avec la FCFDU qu’avec la FIFDU. Au total, elle participa à plus de dix biennales, triennales et rencontres de la FIFDU. Elle ne fut toutefois pas seulement active auprès de la FCFDU et de la FIFDU. Dans l’hommage que lui rendit Ursilla Macdonnell, Ph.D., lors de la 12e Conférence de la FCFDU, elle déclara : « à un moment ou à un autre, elle fut présidente de toutes les organisations féminines importantes de la ville [Winnipeg] et présidente nationale de la plupart. Sa détermination a motivé le Winnipeg Little Theatre, l’Orchestre symphonique de Winnipeg, l’Arts and Crafts Association, le YWCA, et les développements de l’Université du Manitoba ». Margaret fut active au sein de la Croix-Rouge, du Conseil national de l’éducation, du Conseil national des femmes et du Cercle canadien des femmes. Elle fut reconnue pour avoir ravivé la Société historique du Canada en 1944, et elle en occupa la présidence de 1944 à 1948. Elle fut la deuxième femme conseillère municipale de la Ville de Winnipeg, servant de 1933 à 1940, et se démarqua en présentant des législations au profit des femmes et des enfants, notamment un programme de secours pendant la période de sécheresse. Elle fut fréquemment déléguée à des conférences internationales, représentant tour à tour la FCFDU, la FIFDU, le gouvernement du Canada ou d’autres organisations. Elle rédigea de nombreux articles. Pendant plus de 30 ans, elle donna un cours mensuel sur l’actualité, « offrant une formation continue en politique » (Kinnear, p. 4) auquel assistèrent des centaines de femmes. Comme si ce n’était pas suffisant, elle rédigea aussi plusieurs ouvrages, notamment Women of Red River (1923), Manitoba Milestones (1928), If I Were King of Canada (1931) et This New Canada (1948).

À l’arrivée de la Deuxième Guerre mondiale, Margaret incita activement le premier ministre d’alors, William Lyon Mackenzie King, à prévoir dans son plan de réhabilitation d’après-guerre un comité qui étudierait les problèmes des femmes quittant les Forces et les industries de guerre pour la vie civile. Quant il créa la Comité consultatif de la reconstruction en 1943, elle accepta la présidence du sous-comité pour les problèmes féminins (Wylie, p. 295). Le rapport qu’elle produisit, qui « présentait douze recommandations majeures, dont plusieurs étaient toujours d’actualité une génération plus tard », (Kinnear, p. 144) fut par la suite profusément acheté par les groupes féminins de discussion. En 1946, lors du dîner du jubilée d’argent de la FCFDU, elle prononça devant les membres une allocution au cours de laquelle elle parla longuement du rôle des femmes dans le monde d’après-guerre, affirmant qu’« une pensée claire et décisive est nécessaire avant toute chose » et soutenant qu’« être un bon citoyen ne suffit pas. Les nazis étaient dévoués à leur pays, mais ils l’ont conduit à la ruine ». Elle laissa entendre que ce qu’il fallait, c’était une « idée maîtresse » et que cette idée était la poursuite de « l’excellence… ce qui implique de ne jamais faire moins que ce que nous pouvons faire, et de ne jamais faire moins bien que nous le pouvons ». (The Chronicle, 1946). Dans If I Were the King of Canada, corédigé avec son mari, elle écrivit : « Ce que nous devrions vouloir pour le Canada, c’est une aristocratie, non de fortunes, mais de cerveaux ».

Après la nomination de son mari au poste de lieutenant-gouverneur du Manitoba en 1940, Margaret McWilliams accueillit gracieusement et aimablement les visiteurs à la résidence officielle. Elle reçut un doctorat honorifique en droit de l’Université du Manitoba en 1946 et un doctorat honorifique en littérature de l’Université de Toronto en 1948 (Wylie, p. 296). Elle mourut subitement à la résidence officielle en avril 1952 et fut inhumée au cimetière Old Kildonan de Winnipeg. Lors de sa réunion triennale à Ottawa en 1952, la FCFDU créa la bourse d’études pré-doctorales Margaret McWilliams en son honneur.

Dr. Margaret Stovel McWilliams

Ouvrages cités

Berton, Janet and Claire Coates, eds. “Dr. Margaret S. McWilliams. First CFUW President 1919-23.” Seventy-Five Years of CFUW/Soixante-quinze ans de FCFDU 1919-1994. Canadian Federation of University Women, 1994: 9. Print.

CFUW, comp. “History of the Canadian Federation of University Women. 1919-1923 Mrs. R.F. McWilliams, President.” Chronicle (1949-1950): 62-64. Print.

Kinnear, Mary. “Margaret McWilliams and her Social Gospel: The Formation of an Interwar Feminist.” Manitoba History 22 (Autumn 1991). 10 pp. Web.

---. Margaret McWilliams: An Interwar Feminist. Montreal: McGill-Queens, 1991. Print.

Macdonnell, Dr. Ursilla N. “A Way to Greatness.” The Chronicle. 1952-1953: 11-13. Print.

McWilliams, Margaret. “Living in the Post-War World.” Chronicle. Silver Jubilee Issue. 1946: 5-8. Print.

Stowell, Oliver. If I Were King of Canada. Toronto: J. M. Dent and Sons, 1931. Print.

Strong-Boag, Veronica. “Janey Canuck”: Women in Canada, 1919-1939. Canadian Historical Association, Historical Booklet 53 (1994). Print.

Wylie, Betty Jane. “Margaret McWilliams.” The Clear Spirit: Twenty Canadian Women and Their Times. Ed. Mary Quayle Innis. University of Toronto Press, 1966: 279-298. Print.

Ouvrages consultés

Coates, Claire and Janet Berton, eds. “Mme Curie Visits Canada.” Sixty Years of CFUW/Soixante Ans de FCFDU Calendar/Calendrier/1980. Canadian Federation of University Women, 1979. 13. Print.

“Memorable Manitobans: Margaret Stovel McWilliams (1901-2003)” The Manitoba Historical Society. The Manitoba Historical Society. Web. 16 Oct. 2015.

“Mrs. McWilliams Dies Suddenly.” Winnipeg Free Press 14 Apr. 1952. (Manitoba Legislative Library, Biographical Scrapbook B10). Print.

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