Laura Elizabeth Newman 1883-1968

Présidente de la FCFDU de 1934 à 1937

"La condition indispensable à toute activité intellectuelle est la liberté, la liberté de trouver la vérité où l’on peut. "

 

Laura Elizabeth Newman, la sixième présidente de la FCFDU, guide l’organisation de 1934 à 1937. Dans ce qu’elle décrit comme « un monde changeant de manière catastrophique », la période est marquée par une dépression économique mondiale, des manifestations contre le réarmement et un effort soutenu de la part des organisations féminines afin d’éviter une autre guerre mondiale.

Fille unique de Mary Josephine Patterson et de Jabez Newman, Laura naît à St. Catharines, en Ontario, en 1883. Son père est à la tête de Newman Brothers, une importante entreprise de construction encore en activité de nos jours. Femme autonome, Laura travaille toute sa vie pour l’entreprise, en dépit des problèmes de santé qui l’affligent les dernières années.

Détentrice d’un diplôme du St. Catharines Collegiate (avec distinction), elle entre au University College de l’Université de Toronto et obtient un baccalauréat en langues modernes et histoire en 1905, une réussite importante à l’époque. Étudiante assidue, Laura est également très populaire lors des danses et des réceptions. Dans le Torontonensis de 1905, elle est présentée comme l’une des meilleures étudiantes à avoir fréquenté Varsity, tous domaines confondus. Sa description en rimes va comme suit : « de logique résolue, mesurée sera / endurance, prévoyance, vigueur et habileté démontrera ». Elle siège au club des langues modernes et au conseil de sa promotion. Ses aptitudes musicales et son empressement à faire plaisir en font « un apport prisé à la classe de 1905 », lit-on en conclusion à son profil (« Individual Biographies », p. 89). Une fois son diplôme obtenu, Laura réintègre la maison familiale de St. Catharines, au 125 de la rue Ontario.

Laura sera longtemps liée à la FCFDU, en particulier au club de St. Catharines, qu’elle contribue à créer en 1921. Moins de un pour cent des Canadiennes étant alors titulaires d’un diplôme universitaire, Laura croit que les femmes scolarisées ont des avantages, mais aussi des responsabilités envers la société. Elle-même, par exemple, sert à l’exécutif national pendant 11 ans. Avant d’être élue présidente lors de la 6e triennale, à Edmonton en 1934, elle occupe le poste de trésorière durant deux mandats consécutifs, de 1926 à 1931, de seconde vice-présidente, de 1931 à 1934, et de responsable du Comité des relations internationales. Dans sa première allocution à titre de présidente, elle confirme que la FCFDU appuie fermement la position du délégué canadien à l’Assemblée de la Société des nations, le Dr Robert J. Manion, qui s’oppose à la fabrication privée d’armes. Reflet de la position des déléguées par rapport aux problèmes publics de l’heure, la résolution suivante est adoptée :

Il est résolu que la Fédération canadienne des femmes diplômées des universités croit que toute politique qui mènerait à la suppression d’opinions minoritaires ou à des mesures discriminatoires envers des citoyens d’un pays pour des raisons de race, de sexe, de religion ou d’opinions politiques est hautement préjudiciable aux meilleurs intérêts de l’humanité. En ce sens, elle déplore en particulier la restriction de la liberté personnelle dans les pays fascistes et communistes et réaffirme son adhésion aux principes d’un gouvernement démocratique.

Considérant que seul un système collectif peut établir la sécurité et maintenir la paix, nous estimons que le Canada devrait se déclarer disposé à déployer, avec l’ensemble des ressources à sa disposition, toutes les mesures qu’implique l’adhésion au système. (Chronicle, p. 10 à 16)

La Grande Crise apporte son lot d’enjeux sociaux. Le discrimination à l’égard des femmes, célibataires et mariées, dans les occupations rémunératrices est le plus important pour Laura. Alors qu’il devient plus difficile pour les femmes d’obtenir un travail, la FCFDU insiste à nouveau sur le fait qu’elles devraient être jugées pour un emploi en fonction de leurs qualifications et non de leur sexe.

Le malaise mondial a, sans surprise, une incidence directe sur les progrès de la FCFDU. Le nombre de membres demeure quasi égal malgré la création de trois nouveaux clubs. Lorsque Laura préside la triennale de la FCFDU, en 1937, au Trinity College de l’Université de Toronto, la Fédération compte 31 clubs. Dans son allocution de présidente sortante, elle fait référence à deux questionnaires distribués par la FIFDU – sur le statut des femmes universitaires et sur le statut de celles occupant un emploi rémunéré – qui n’ont apparemment pas soulevé un grand intérêt. C’est ce qui la pousse à demander s’il faut y voir « un signe qu’il n’y a pas suffisamment de discrimination pour susciter l’indignation ou une preuve de l’indifférence générale qui tend à annuler les efforts des rares intéressées et enthousiastes? » (Chronicle, p. 15).

Sous sa présidence, la principale activité de la FCFDU est sa bourse de voyage pour laquelle une certaine somme est mise de côté afin d’octroyer des prêts aux boursières souhaitant poursuivre leurs études une seconde année. La FCFDU offre aussi une bourse d’accueil, valide pendant un an au club de Montréal ou de Toronto, de préférence pour une candidate d’outre-mer. Le Comité sur l’éducation « entreprend d’enquêter sur le nombre de femmes ayant assumé des postes administratifs en éducation au Canada. Il en ressort qu’inspecteur des écoles est le plus haut poste administratif jamais occupé par une femme au Canada » (McGregor, p. 31). La FCFDU dresse aussi, à l’intention des universités, des listes des femmes ayant les qualifications requises pour occuper des postes supérieurs, avec une référence particulière à celles ayant obtenu des bourses. Une autre initiative est la révision de la structure financière de la FCFDU.

Laura s’intéresse vivement et s’implique activement dans le travail de la FCFDU. En août 1936, avec neuf autres déléguées de la FCFDU, elle assiste à la triennale de la FIFDU à Cracovie, en Pologne, puis elle se joint à des membres d’autres fédérations nationales pour visiter la Russie. Pendant son séjour en Europe, elle remarque une campagne de propagande incitant les femmes à rester à la maison et constate que la liberté intellectuelle s’estompe rapidement dans ces pays. Laura y voit une sonnette d’alarme pour que les Canadiennes préservent leurs libertés et ne les prennent pas pour acquises. C’est ce qui définit ses activités au sein de la FCFDU. Toutes les femmes présentes à Cracovie rentrent en ayant le sentiment que « les problèmes de l’internationalisme semblent insolubles », mais comme l’écrit Laura, « la plus grande influence vers la compréhension et la bonne volonté est la tradition des bourses universitaires permettant d’acquérir de nouvelles connaissances » (CFUW, p. 69). Elle presse la FCFDU de « jouer son rôle pour pousser l’opinion publique à exiger d’autres solutions que la guerre pour résoudre les problèmes des nations » (Newman, p. 12). Assistée de Laila C. Scott, elle coordonne la triennale de la FIFDU qui se tient à Toronto en 1947, un moment historique puisque ce type de réunion se tient pour la première fois ailleurs qu’en Europe.

En plus d’œuvrer pour la FCFDU, Laura soutient assidument la Société canadienne de la Croix-Rouge. Créée en 1901, la section de St. Catharines est la première unité en Ontario et c’est à Laura qu’elle doit sa revitalisation en 1914. Pendant la Première Guerre mondiale, elle contribue sans réserve à la Société. Elle est faite secrétaire honoraire, un poste qu’elle conserve jusqu’en 1951, et est membre honoraire de l’exécutif local jusqu’en 1963. En 1946, elle reçoit un insigne d’honneur pour son travail exceptionnel auprès de sa section locale et de la division de l’Ontario. Elle s’implique aussi activement avec l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), et est membre fondatrice du YWCA local, établi en 1928. Suivant l’exemple de sa mère, elle s’active aussi auprès de l’hôpital général de St. Catharines.

Laura succombe le 11 janvier 1968, à l’âge de 85 ans, à St. Catharines. Elle est inhumée au cimetière Victoria Lawn.

Laura Elizabeth Newman

Ouvrages cités

CFUW, comp. “History of the Canadian Federation of University Women 1934-1937 Miss Laura Newman, President.” Chronicle. 1949-1950: 68-69. Print.

“Individual Biographies” Torontonensis. 1905: 89. Print.

McGregor, Enid. “Report of the Education Committee.” Chronicle 1937: 31-32. Print.

Newman, Laura. “President’s address – August 1937.” Chronicle. 1937: 10-16. Print.

Ouvrages consultés

“Laura E. Newman File”. St. Catharines Public Library Special Collections. Print.

Shannon, Madeline. “In Memoriam Laura Elizabeth Newman.” The Chronicle. 1968-1969: 6. Print.

St. Catharines Standard 12 Jan.1968: 2. Print.

“Women’s Glee Club” Torontonensis. 1905: 338. Print.

University of Toronto Archives, clippings file on Laura and her family. Print.

Droit d'Auteur 2016 CFUW-FCFDU