Mary Louise Bollert vers 1879-1945

Présidente de la FCFDU de 1926 à 1928

“Une femme cultivée ne fait pas de bruit dans l’espace public hormis pour une grande cause.”

 

La troisième présidente de la FCFDU, Mary Louise Bollert, est une femme dotée d’une solide conscience sociale et profondément déterminée à œuvrer en faveur de l’éducation, de la protection sociale et de la paix internationale. Celle qu’on appellera généralement Minnie ou Minnie Louisa dans sa petite enfance naît à Guelph, en Ontario. Elle est l’aînée des cinq enfants de Malinda Bowers et d’Ernst Robert Bollert. Comme c’est le cas pour plusieurs dates de sa vie, même son année de naissance est équivoque; des notes manuscrites à l’endos de photographies conservées dans son fonds d’archives à l’Université de la Colombie-Britannique portent à croire qu’elle serait née vers 1879 (How). Mary voit le jour dans une famille de contenu et de convictions. Son grand-père maternel, Cyrus Bowers, un fermier mennonite ayant émigré de la Pennsylvanie au Canada, a offert une maison à chacune de ses trois filles pour leur mariage. Élu dans le canton de Waterloo, c’est peut-être lui qui instillera à Mary son intérêt pour la politique. Émigré de Prusse pour s’établir dans le canton de Waterloo avec sa famille, le père de Mary est un marchand général « faisant de très grosses affaires » (Eby).

Mary étudie au Guelph Collegiate Institute, puis au Victoria College de Toronto. Elle y obtient un baccalauréat en langues modernes en 1900, puis une maîtrise. Dans l’Acta Vicotriana de mai 1900, elle est décrite comme « l’une des filles les plus polyvalentes issues des murs du collège », et on ajoute, avec une grande prescience, « son talent particulier repose peut-être dans la grâce et la facilité avec laquelle elle peut exprimer ses pensées en public, autant lors de concours oratoires que de réceptions ou de dîners » (The Graduating Class). Il est intéressant de noter qu’elle est de la même promotion que celle qui lui succédera à la présidence de la FCFDU, Mabel Chown Thom.

Mary, qui étudie aussi au Collège normal de l’Ontario, obtient en 1908 une maîtrise en anglais de l’Université Columbia, à New York. Au cours de cette période, elle est principale de l’Alma College, à St. Thomas en Ontario, et elle enseigne dans deux écoles secondaires ainsi qu’au Teacher’s College de l’Université Columbia. De retour au Canada, elle occupe le poste de doyenne des étudiantes et professeure d’anglais au Collège Regina, en Saskatchewan, vraisemblablement de 1914 à 1917. Elle semble être directrice de l’éducation et du travail social à la Robert Simpson Company de Toronto à un moment avant 1917, année où elle accepte d’assumer le rôle supplémentaire de surintendante de la Sherbourne House, un club d’hébergement pour les femmes d’affaires à Toronto. La sœur de Mary, Florence, devient sa secrétaire à la Sherbourne House en 1917 et lui succède à titre de surintendante, poste qu’elle occupera de 1921 à 1946.

Ces expériences l’ont préparée à tenir le rôle pour lequel on se souviendra d’elle : doyenne des étudiantes à l’Université de la Colombie-Britannique. Pendant la Première Guerre mondiale, le nombre d’étudiantes en vient graduellement à surpasser le nombre d’étudiants. Le Faculty Women’s Club, l’UWC de Vancouver et d’autres organisations féminines font pression pour que les jeunes femmes disposent d’un environnement distinct sur le campus. En 1921, quand l’université nomme Mary Louise Bollert conseillère des étudiantes et professeure adjointe d’anglais (Coates 27), le président expose clairement aux étudiantes que Mary agit comme conseillère et n’est pas autorisée à faire de la discipline ou à les conseiller relativement à leurs études, des domaines relevant exclusivement de la compétence des doyens des facultés. Alors que ces derniers touchent un salaire annuel variant entre 5 500 et 7 500 dollars, Mary est embauchée pour une période initiale de trois ans au salaire annuel de 3 000 dollars – ce qui est légèrement supérieur au salaire minimal versé à un professeur adjoint.

Même si l’université reclassifie son poste pour doyenne des étudiantes en 1922, il ne s’agit que d’un changement de titre. Contrairement aux autres doyens, qui sont tous des hommes, elle ne bénéficie pas d’un siège d’office au sénat universitaire : elle n’a donc pas son mot à dire quant au développement de nouveaux cours, y compris ceux conçus spécifiquement pour les femmes. Comme le pensera celle qui lui succédera, Dorothy Mawdsley, Ph. D., peut-être hésite-t-elle à briguer un siège au sénat parce qu’elle n’a pas de doctorat? Les femmes des principaux clubs féminins de la communauté insistent pour qu’elle se présente aux élections du sénat de l’université. Sa victoire, en juin 1933, lui permet de surmonter nombre de limitations de son poste. Elle occupe un poste de membre élu au sénat jusqu’à sa retraite de l’université en 1941.

Mary accorde une grande importance à ses fonctions de doyenne. Elle est consciente qu’elle tient lieu de parent à ses étudiantes et se sent responsable de leur direction morale. Une ancienne, Elizabeth Stubbs, raconte : « la doyenne insistait pour que nous n’oublions jamais qu’à titre de femmes universitaires, nous étions des ladies et que les bonnes manières, un habillement conventionnel – PAS de pantalons, PAS de chaussettes aux chevilles – l’honorabilité dans tout comportement étaient importants » (Stewart). Mary se sent contrainte d’aborder le sujet des fréquentations. De nature puritaine, elle ne trouve pas la tâche facile. Elle ajoute une phrase à l’allocution annuelle qu’elle adresse aux recrues de première année : « Maintenant mesdemoiselles, ne soyez jamais désolées pour les pauvres garçons » (Stewart). Dans cette référence voilée à la sexualité, la grande majorité de son auditoire ne voit qu’une référence aux jeunes hommes qui luttent avec un budget limité pour payer leurs études.

Certaines étudiantes se rappelleront d’elle comme d’une « âme douce », « une conseillère gracieuse et sympathique pour les étudiantes », « une femme de belle apparence aux manières gracieuses qui est devenue ma bonne amie » (Stewart). D’autres retiendront qu’elle leur aura offert une aide financière, probablement sortie directement de sa poche. Pendant les années difficiles de la Grande Crise, elle aurait trouvé des emplois à certaines jeunes femmes et même réglé les frais médicaux d’une étudiante.

Mary aborde la question d’une résidence pour les étudiantes dès 1922, soulignant qu’une résidence « est davantage pour une étudiante qu’un toit et un lit […] c’est un lieu de formation aussi important qu’une salle de classe » (Stewart). C’est finalement en 1950 que l’université construira des résidences pour les étudiantes, donnant à l’une d’elles le nom d’édifice Mary Bollert en son honneur. Rénové au début des années 1970, l’édifice héberge maintenant le bureau du développement de l’université.

À titre de doyenne des étudiantes, Mary est un membre très présent de la communauté universitaire; elle prononce des conférences, s’acquitte de nombreuses fonctions publiques, organise des levées de fonds et voyage beaucoup. Lee Stewart écrit : « Elle se distinguait principalement par son rôle de liaison entre l’université et la communauté, notamment les associations féminines […] Elle considérait que le plus grand devoir des femmes était d’influencer l’opinion publique. C’est pourquoi elle a travaillé avec des organisation internationales s’occupant de paix entre les guerres ». Mary est l’une des deux représentantes du Canada lors de l’Institut des relations du Pacifique à Honolulu en 1926. En 1933, elle est conférencière au congrès du Conseil international des femmes à Chicago et en 1934, elle est l’une des 12 doyennes d’étudiantes d’Amérique du Nord que le YWCA japonais invite à participer à une tournée au Japon (Coates et Berton, p. 27). À son décès, elle est présidente internationale de l’Association des femmes du Pacifique et d’Asie du Sud-Est, poste qu’elle occupe depuis 1937.

Mary est fort intéressée lorsque l’UWC de Vancouver se joint à la FCFDU en 1922. Elle est élue présidente de la FCFDU en 1926 et occupe le poste jusqu’en 1928. Son mandat est raccourci à deux ans pour accommoder la FIFDU. La présidente qui lui succède, Laila Scott, explique pourquoi dans l’avant-propos du Chronicle de 1928 :

En 1926, quand la FIFDU a décidé de tenir ses congrès aux trois plutôt qu’aux deux ans, nous avons constaté que notre congrès canadien et le congrès international auraient lieu la même année. Nous étions d’avis qu’il était préférable d’éviter cette situation [… et] comme il ne semblait pas sage de reporter notre prochaine rencontre à quatre ans, le comité exécutif a décidé, en août 1927, que le quatrième congrès général [de la FCFDU] aurait lieu en 1928 » (p. 9).

Les principales préoccupations de Mary Bollert pendant ses deux années à titre de présidente sont l’éducation et les relations internationales. Elle demande à l’UWC du Canada d’examiner des problèmes pratiques tels qu’octroyer des fonds pour les étudiantes douées ayant besoin d’aide financière, aider les femmes diplômées des universités à trouver un emploi pour lequel elles sont qualifiées, travailler pour obtenir de meilleurs salaires pour les enseignantes, et chercher des possibilités particulières pour les enfants doués. Sous son leadership, la FCFDU insiste pour que des femmes soient nommées aux conseils et aux commissions de la Société des Nations. Mary est une déléguée du Canada à la FIFDU à Paris en 1924, à Genève en 1929 et à Édimbourg en 1932. Après son mandat à titre de présidente nationale de la FCFDU, Mary est présidente de l’UWC de Vancouver (1929-1930). Elle collabore aussi avec le club pour fonder des associations parents-enseignants dans des écoles de Vancouver.

Mary est une membre fondatrice du Club soroptimist de Vancouver; vice-présidente du conseil d’administration du Mouvement chrétien des étudiants de son université, secrétaire honoraire du Cercle canadien des femmes, membre de l’Union chrétienne des femmes pour la tempérance, et membre de l’Église unie St. Andrew-Wesley de Vancouver. Sa retraite de l’université ne coupe pas court à son intérêt pour la politique et elle est candidate, défaite, pour le Parti libéral dans la circonscription de Vancouver-Point Grey à l’élection provinciale de 1941.

Mary s’éteint à Vancouver le 31 juillet 1945 et est inhumée au cimetière Mountain View auprès de ses parents et de ses frères et sœurs. Sa date de naissance n’est pas inscrite sur sa pierre tombale.

Mary Louise Bollert

Ouvrages cités

Coates, Claire and Janet Berton, eds. “Dean Mary L. Bollert. CFUW President 1926-28.” Sixty Years of CFUW/Soixante Ans de FCFDU Calendar/Calendrier/1980. Canadian Federation of University Women, 1979. 27. Print.

Eby, Ezra E. From Pennsylvania to Waterloo: A Biographical History of Waterloo Township. Berlin, Ontario, 1895. Print.

“The Graduating Class.” Acta Victoriana 23.8 (1900): 474. Print.

How, Elissa, comp. Mary Louise Bollert fonds. University of British Columbia Archives, 2013. Web. 22 Oct. 2015.

Scott, Laila. “Foreword.” Chronicle.1928: 9-12. Print.

Stewart, Lee. It’s up to You: Women at UBC in the Early Years. Vancouver: UBC Press, 1990. Print.

Ouvrages consultés

CFUW, comp. “History of the Canadian Federation of University Women. 1926-1928 Miss Florence [sic] [should read Mary], President.” Chronicle. 1949-1950: 65-66. Print.

Mann, Jean, Catherine Barford, and Beverley New. Women Lead the Way: A History of the University Women’s Club of Vancouver. 1907-2007. Vancouver: Ray Hignell Serv. Inc./Vancouver, University Women’s Club, 2007. Print.

Reeve, Phyllis. 75th Anniversary, the University Women’s Club of Vancouver: the History of the University Women’s Club of Vancouver, 1907-1982. Vancouver: The Club, 1982. Print.

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