Ruth Harrop Crummy 1895-1983

Présidente de la FCFDU de 1946 à 1949

“Nos désillusions d’enfin vivre dans un monde uni une fois la guerre terminée ont suscité une volonté de comprendre les raisons et de trouver des solutions.”

 

Ces quelques mots marquent la présidence de la 10e présidente de la FCFDU, Ruth Elizabeth Crummy. Fille de Sarah MacMurray et de Frank Harrop, Ruth naît à Niagara Falls, en Ontario, en 1895. C’est vraisemblablement son père, un enseignant, qui inspire à ses trois enfants, Ruth, Esther et Alan, d’étudier en ayant l’objectif de fréquenter l’université. Quand la famille déménage en Alberta pour se lancer dans l’agriculture, Ruth et Esther restent en Ontario pour terminer leurs études puis enseigner. Ruth obtient un baccalauréat en anglais et histoire de l’Université Queen’s en 1918 et ses talents artistiques lui valent une médaille d’argent en arts de l’Université de Chicago.

De personnalité chaleureuse, Ruth est une personne sociable qui s’intéresse véritablement aux gens qui l’entourent. Elle enseigne pendant plusieurs années en Alberta avant de rencontrer et d’épouser, en 1925, Richard B. Crummy, de Hamilton en Ontario, un ancien combattant de la Première Guerre mondiale qui enseigne l’anglais au secondaire. Le couple, qui n’aura pas d’enfant, déménage à Vancouver où il s’intéresse, entre autres, au jardinage.

Après leur mariage, comme le veut la coutume, Ruth quitte l’enseignement et devient membre de plusieurs clubs. À Vancouver, elle participe à la création du Community Arts Council et est active dans de nombreuses autres organisations, notamment le Women’s Musical Club, la Galerie d’art de Vancouver, le Conseil national des femmes de Vancouver et l’Orchestre symphonique de Vancouver. Elle siège également au conseil d’administration de la Société d’aide à l’enfance et de la Caisse de bienfaisance. Toujours chaleureuse et amicale, elle suit de près ce qui se passe, tant à l’échelle locale qu’internationale.

Ruth adhère à l’UWC de Vancouver en 1928. Elle se fait de nombreuses amies parmi les membres et préside le Groupe d’étude sur les enfants en 1935. Elle siège au conseil du club pendant deux ans avant de le présider de 1942 à 1944.

Le monde est en guerre depuis 1939 et les membres du club de Vancouver s’affairent à tricoter et à coudre pour la Croix-Rouge tout en soutenant la Marine et la Marine marchande du Canada. Les procès-verbaux du club font état de nombreux changements dus à la guerre. Le 12 novembre 1940, par exemple, le club de Vancouver adopte une résolution visant à accueillir à titre d’invitées (sans frais) les femmes diplômées évacuées de leur résidence dans leur pays d’origine.

En 1943, le club de Vancouver enregistre son plus grand nombre de membres jusqu’alors : 251. Dans le rapport triennal qu’elle remet à la FCFDU en 1949, Ruth mentionne une augmentation similaire des adhésions à travers le pays, soulignant que cette augmentation, la plus forte jamais enregistrée par la Fédération, survient à un moment qu’elle interprète comme un signe de « solidarité et de reconnaissance de la valeur » de l’organisation (p. 15).

En 1946, un an après la fin de la guerre, Ruth est approchée pour se présenter à la présidence de la FCFDU. Elle est élue en septembre 1946 pour un mandat de trois ans. Sous sa présidence, elle voyage beaucoup pour la Fédération et tient deux réunions de direction, une à Toronto après le Congrès de la FIFDU, en 1947, et l’autre à Halifax, en 1948, la première dans les Maritimes. Elle visite de nombreux clubs pendant ces trois années (certains deux fois) et y voit une excellente façon d’expliquer la FCFDU aux nouveaux clubs, de discuter des problèmes et des activités des dirigeantes et des clubs, et de glaner des idées pour le développement de la FCFDU.

Nombre d’innovations sont introduites au cours de sa présidence, notamment l’attribution d’une bourse annuelle d’études professionnelles postuniversitaires (tel que voté lors du congrès triennal de la FCFDU en 1946). La même année, après consultation avec l’Association canadienne des bibliothèques, la FCFDU instaure l’attribution d’une subvention de 350 dollars à une bibliothèque située en milieu rural pour stimuler la lecture chez les enfants. C’est une bibliothèque de Brandon, au Manitoba, qui reçoit la première (Crummy, p. 17-18). Cette subvention visant à stimuler la lecture sera octroyée de 1946 à 1994, quand elle ira au programme Lisez sur le sujet, de la Bibliothèque nationale du Canada, qui dresse chaque année une liste de livres canadiens pour enfants selon un thème lié au curriculum scolaire. Après plusieurs changements, en mars 2013, elle devient la Subvention des bibliothèques (un prix bisannuel). La première subvention, de 4 000 dollars, est octroyée en 2014 à la bibliothèque régionale de la vallée de l’Annapolis, que soutient la FCFDU de Wolfville.

Sous sa présidence, on assiste entre autres à la création de comités chargés d’examiner les résolutions, d’établir la liste des membres de la FCFDU méritant de recevoir des distinctions particulières, d’étudier et de soutenir des mesures à propos de la réforme pénale canadienne, et de considérer la possibilité de créer un bureau permanent de la FCFDU. L’introduction de cartes pour les membres en règle est appréciée et s’avère utile pour les voyageuses (FCFDU, p. 73). Ruth est particulièrement fière du rôle que joue la FCFDU pour amener l’Université de Toronto à attribuer, en 1948, un doctorat honorifique en lettres à la première présidente de la FCFDU, Margaret McWilliams, afin de reconnaître sa contribution à la vie canadienne (FCFDU, p. 72-73).

Depuis plusieurs années, l’intérêt premier de Ruth va à l’éducation. Elle croit que les femmes universitaires devraient s’intéresser au secteur dans son ensemble et s’activer davantage pour obtenir des résultats tangibles. En 1947, conscient de cela, le club d’attache de Ruth, l’UWC de Vancouver, ainsi que plusieurs organisations féminines, dont le Conseil national des femmes de Vancouver, la Fédération canadienne des clubs de femmes de carrière (BPW), le Club soroptimist et l’Association panhéllenique, soutiennent la création d’une résidence pour femmes à l’Université de la Colombie-Britannique. Grâce à leurs efforts, 650 000 dollars sont accordés pour la construction de trois édifices; le premier ouvre en 1951 et le troisième en 1961.

Ruth appuie fortement la FIFDU et elle a l’honneur de représenter la FCFDU lors de la première triennale d’après-guerre de la FIFDU, à Toronto, en août 1947. Elle est membre d’office de comités et accueille les délégués et les observateurs de 29 pays, dont 21 déléguées et 150 membres du Canada. La première présidente de la FCFDU, Margaret McWilliams, Ph. D., figure parmi les principales conférencières. C’est l’élection d’une Canadienne, A. Vibert Douglas, Ph. D., à la présidence de la FIFDU qui fait particulièrement se distinguer la FCFDU lors de ce congrès. Quatre autres membres de la FCFDU sont nommées à des comités de la FIFDU. Pour Ruth, l’expérience se veut une occasion « de forger des amitiés, de se comprendre, de servir en plus d’être un incitatif à s’intéresser aux affaires internationales – pour avoir une plus grande conscience internationale » (Crummy, p. 16). On vit la même chose dans diverses régions du pays puisque de nombreux clubs reçoivent la visite de déléguées de la FIFDU, tant avant qu’après le congrès.

Sous la présidence de Ruth, les activités visant à stimuler les relations internationales menées par les clubs de la FCFDU incluent de contribuer davantage au fonds dédié à des bourses d’études internationales et de soutenir la restauration de la salle Crosby, lieu de rencontre de la FIFDU à Londres. Des centaines de kilogrammes de nourriture et de vêtements sont acheminés vers des pays appauvris par la guerre, et de nombreuses femmes universitaires déplacées par la guerre reçoivent hospitalité et assistance. Les liens avec l’Association américaine des femmes universitaires (AAUW) se solidifient grâce à des échanges ou à des rencontres conjointes de clubs de la FCFDU et de clubs américains, en particulier à proximité des frontières. En juin 1949, les membres de l’AAUW invitent Ruth à leur congrès biennal, à Seattle, où elle transmet les salutations de la FCFDU aux 1 700 déléguées américaines ainsi qu’à la présidente de la Fédération mexicaine, invitée elle aussi.

Ruth s’éteint en 1983, à Victoria en Colombie-Britannique, après une vie fort productive et fructueuse. Son dévouement à servir les autres et à améliorer l’éducation se poursuit de nos jours grâce à la bourse Ruth E. Crummy octroyée par l’Université Queen’s. Initiée par son frère, Alan, cette bourse est décernée sur la recommandation du Département d’anglais à un étudiant de haut niveau qui entreprend la deuxième année d’un programme avec concentration en anglais.

Ruth Harrop Crummy 1895-1983

Ouvrages cités

CFUW, comp. “History of the Canadian Federation of University Women 1946-1949. Mrs. Richard B. Crummy, President” Chronicle (1949-1950): 72-74. Print.

Crummy, Mrs. Richard B. “Report of the President.” Chronicle (1949-1950): 15-20. Print.

Harrop, Rick. Telephone interview by Linda Patzold. 17 Oct. 2014.

Ouvrages consultés

Berton, Janet and Claire Coates, eds. “Mrs. Richard B. Crummy CFUW President 1946-49.” Seventy-five Years of CFUW / Soixante-quinze ans de FCFDU. 1919-1994. Canadian Federation of University Women, 1994. 30. Print.

Mann, Jean, Beverley New, and Catherine Barford. Women Lead the Way: A History of the University Women’s Club of Vancouver. 1907-2007. Vancouver: Ray Hignell Serv. Inc./Vancouver, University Women’s Club, 2007. Print.

Reeve, Phyllis. 75th anniversary, the University Women’s Club of Vancouver: the history of the University Women’s Club of Vancouver, 1907-1982. Vancouver: The Club, 1982. Print.

Wilson, Judy. Telephone interview by Linda Patzold. 6 Oct. 2014.

“University Women’s Club of Vancouver.” Archives. University Women’s Club of Vancouver, Vancouver. n.d.

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